Quand les propriétaires me parlent de problèmes de comportement chez leurs chiens ce sont souvent les questions d’agressivité ou de destruction qui reviennent en tête de liste. Souvent mal compris ces dérives comportementales ne sont pas les pathologies en elles-même. Elles ne sont que l’expression visible de maux divers. L’un d’eux, minimisé voire ignoré, pourtant récurrent, est l’anxiété de séparation. Je vais vous aider à y voir plus clair à son sujet et vous donner quelques conseils pour accompagner votre animal.

Qu’est-ce que l’anxiété de séparation ?

Il s’agit d’une pathologie liée au comportement qui est à l’origine d’une grande souffrance mentale chez nos compagnons à 4 pattes. C’est un trouble que l’on retrouve chez les enfants et qui est défini par les pédopsychiatres en ces termes : “Il est marqué par une anxiété excessive et inappropriée qu'on retrouve chez l'enfant arrivant à ce stade de développement où il doit quitter la maison et se séparer des personnes auxquelles il est attaché (généralement les parents).” Il est alors très facile de transposer cette pathologie à nos amis canins qui se retrouvent à éprouver une angoisse trop importante (et non maîtrisée) lorsque leurs humains quittent la maison ou qu’ils se retrouvent séparés d’eux. c’est pourquoi l’anxiété de séparation est, la plupart du temps, associée à l’hyper attachement. Un autre trouble comportemental fréquent.

Comment s’exprime-t-elle ?

En s’appuyant toujours ce parallèle avec le développement infantile, il apparaît donc que cette dérive comportementale est l’expression d’une immaturité émotionnelle chez le chien. Plusieurs symptômes visibles et majeurs reviennent régulièrement, ce qui permet de poser un diagnostic assez aisément. Ils n’ont pas besoin d’être tous présents pour que la pathologie soit réellement installée. Je vais y dresser un tableau clinique le plus complet possible.

Aboiement / Hurlement

C’est certainement le symptôme le plus visible. Lorsqu’un chien souffre d’anxiété de séparation, dans une grande majorité des cas, il passe par le canal sonore pour exprimer son mal être : il aboie, il jappe, il pigne, il pleure, il hurle à la mort, à partir du moment où vous avez quitté la pièce dans laquelle il se trouve.

Automutilation / Léchage / Dépilation

 Ces symptômes sont rarement remarqués à temps. Pour se rassurer le chien en crise d’angoisse, tandis que vous êtes parti travailler ou allé faire des courses, se mordille ou se lèche des zones spécifiques du corps. Souvent les pattes, l’arrière-train et le ventre. A force de se mordiller / lécher une dépilation (absence de poil) peut apparaître voire des plaies infectées (+ développement de champignons) puisqu’elles n’ont jamais l’occasion de cicatriser.

Destruction / Marquage

C’est souvent malheureusement à cette étape que les propriétaires commencent à réagir. Il peut en effet être désagréable de découvrir son canapé éventré, un trou dans une cloison ou de devoir nettoyer du pipi et du caca à chaque retour à la maison. C’est une autre façon pour les canidés de se rassurer et de tromper leur angoisse. Tous les moyens sont bons. Surtout ceux qui nous font exploser de colère et sentir impuissants.

Présence permanente / Refus d’obéir

Il est toujours dans vos jambes. Où que vous soyez il est couché à moins de 2 mètres de vous. Il veut vous suivre partout. Lorsque vous êtes sur le point de partir de chez vous (pour le travail ou autre) il refuse de rentrer à l’endroit où vous l’installer pendant vos absences. Alors que d’habitude, quand vous restez sur place, il répond plutôt bien à vos directives. C’est une sorte de jeu de cache-cache qui devient vite épuisant. Rapidement cela peut être une source de tension, qui ne fait qu’amplifier la problématique.

Comment traiter l’anxiété de séparation chez le chien ?

A l’instar d’autres troubles comportementaux plus l’anxiété de séparation est prise en charge rapidement, plus il est facile de la traiter puisque les mauvais comportements n’ont pas encore eu le temps de s’installer durablement.

Désensibiliser à l’absence

C’est le coeur du problème : votre absence. Il est donc indispensable de déployer un certain nombre de moyens pour accompagner votre boule de poil dans sa gestion émotionnelle de votre absence. Cela passe par la mise en place d’une distanciation entre vous et votre animal. Je ne parle pas de l’abandonner ou de le rejeter en permanence. Il est plutôt question d’instaurer un contexte dans lequel votre chien commence à s’habituer à votre absence émotionnelle alors que vous êtes présent physiquement. Si je devais schématiser les exercices à réaliser, vous devez reprendre l’initiative complète des interactions avec votre compagnon canin. Par exemple il vous suit dans le jardin et vous sollicite fortement. Ignorez-le totalement. Pas de regard, de geste ou de mot. Tandis qu’il s’est détourné de vous et semble calme, appelez-le et faîtes lui un câlin. L’objectif est de l’habituer à ce que votre absence - physique et / ou émotionnelle - ne soit pas une source d’angoisse.

Déritualiser les départs / arrivées

Il est très compliqué de duper son colocataire à poil alors qu’il passe une grande partie de ses journées à vous observer. Ce sont justement ces habitudes qui commencent à générer de l’angoisse avant même que vous ayez franchi la porte, dans un sens ou un autre. Quand on en prend conscience on fait tout pour qu’il ne vous voit pas. Cela crée des tensions annexes. Une fois encore ignorez son chien en partant ou en rentrant chez soi est une bonne tactique. Faîtes les choses de la façon la plus neutre possible sans grande embrassade ou de menaces s’il fait des bêtises en votre absence. Moins ces moments sont connotés émotionnellement, moins l’anxiété s’installe ou perdure.

Contenir confortablement

En cas de grosse destruction il est envisageable soit d’isoler son chien dans une pièce à part, soit d’utiliser une cage de transport durant la phase d’apprentissage. Cela présente l’avantage de limiter les zones à détruire et les risques que votre toutou se fasse mal. Il est important de lui installer un endroit douillet, avec de la lumière et de l’eau.

2 avantages majeurs : 

  • plus de colère lorsque vous rentrez chez vous parce qu’il a fait n’importe quoi. Ce qui ôte une tension importante dans la relation
  • vous gérez vos départs et vos retours plus facilement. Votre chien peut ainsi moduler ses pics anxieux


Quelques conseils supplémentaires

Malheureusement l’anxiété de séparation est trop souvent ignorée par les propriétaires. Ils s’habituent aux comportements étranges de leur chien sans prendre conscience que c’est une grande souffrance pour lui. Parfois des comportements agressifs peuvent même apparaître. Sans maîtrise émotionnel le chien finit par exploser. Lutter contre l’anxiété de séparation chez le chien est un processus long. Vous aurez parfois l’impression que tout ce que vous propose le comportementaliste ne fonctionne pas. C’est à vous de redoubler d’efforts pour que votre chien soit capable de gérer en toute autonomie ses angoisses. C’est à vous de lui offrir un cadre où il a toute sa place sans qu’il empiète sur tout et qu’il se mette dans tous ses états dès que vous avez franchi le seuil de la porte. Les progrès se font généralement par palier important. Persévérez et demandez conseil à un professionnel si c’est nécessaire. Vous vous rendez un grand service en faisant du bien à votre chien.