Nous avons parfois tendance à faire preuve d’anthropomorphisme à l’égard de nos animaux de compagnie, plus spécifiquement dans le cas du chien. Nous lui assignons des émotions qui sont beaucoup trop humaines pour lui. Trop puisque dépassant la complexité émotionnelle que ses fonctions cognitives sont capables de traiter. L’humain est une espèce avancée qui, adulte, a la capacité de ressentir et de transformer des sentiments de manière à interagir avec la réalité. Et le mensonge dans tout ça ? On parle souvent du chien comme le meilleur ami de l’homme. Il le prouve en collaborant quotidiennement avec nous de façon plus ou moins poussée. Pourtant la question se pose légitimement. Les chiens peuvent-ils nous mentir ? Dans quelle situation ? Ou but ? Décryptage.

C’est quoi le mensonge ?

L’action de mentir repose sur des concepts pluriels qu’il est nécessaire de bien appréhender pour le comprendre puis le maîtriser. A force d’expériences un humain adulte est en mesure de mentir de façon efficace et consciente. Au-delà de valeurs morales, religieuses ou sociétales. Le concept fondateur est celui de l’Umwelt, utilisé en éthologie. Mot allemand qui signifie Environnement. Le principe du mensonge repose sur l’idée que chaque individu a sa propre perception de la réalité. Il est donc essentiel d’en avoir conscience pour espérer influencer la perception d’autrui par un mensonge. Bien mentir nécessite des capacités d’empathie. Modifier la perception de la réalité d’un autre individu implique un certain niveau d’abstraction, ce qui fait appel à des fonctions cognitives avancées. Ces deux notions démontrent que mentir est donc souvent difficile voire impossible pour d’autres espèces d’animaux puisque leurs capacités sont limitées. Ces compétences sont variables d’un animal à un autre, et en fonction du contexte. La motivation (nourriture, défense de territoire, reproduction, etc.) entre également en ligne de compte.

Comment les chiens peuvent nous duper ?

C’est tout l’objet de la question ! Des chercheurs de l’Université de Zürich, en Suisse, ont mené une expérience, dont ils ont publié les résultats dans la revue Animal Cognition. Avant de dérouler le protocole expérimental suivi présentons la conclusion majeure de cette étude. Il s’avère que les chiens sont bien capables de nous mentir. Cependant ils ne nous mentent pas sur leurs émotions mais ils nous dupent dans un but stratégique. Dans le cas de l’expérience il s’agit d’obtenir plus de nourriture.

Le protocole expérimental

Le duo d’expérimentateurs a mis en scène une situation de collaboration. Caractéristique associée à juste titre à nos compagnons à 4 pattes. Le groupe test de 30 chiens a été confronté à 3 boîtes : une avec de la nourriture normale, une avec sa friandise préférée et une dernière vide. Les chercheurs se sont répartis en un “gentil” qui donne beaucoup de récompenses alimentaires ; un “méchant” qui ne donne rien. Le but était de solliciter la coopération des chiens en leur “demandant” de conduire vers une boîte avantageuse. Après une phase d’entraînement sans les 3 boîtes, les cobayes ont été confrontés à la réalité expérimentale.

Jour 1

Il en est ressorti, après seulement une journée d’expérimentation, que les canidés, fidèles à leur réputation de loyal compère, conduisent spécifiquement les humains vers la boîte avec la nourriture. Dans la mesure où cela leur octroie une belle récompense alimentaire le chien est prêt à partager.

Jour 2

L’expérience a été conduite un 2ème jour avec les 30 chiens entraînés selon un protocole identique. Il s’avère que nos boules de poil font preuve de filouterie. Progressivement, à force de répétition, les chiens guident le duo humain de plus en plus vers la boîte vide. Motivés par l’envie d’obtenir plus de nourriture ils trompent volontairement les humains.

Ce qu’il faut retenir de cette expérience

Plusieurs constatations passionnantes sont à réaliser suite à cette mise en situation visant à tester la capacité à mentir des chiens : oui nos compagnons canins sont capables de nous duper. Pas sur les émotions qu’ils ressentent. Ils nous induisent en erreur par leur comportement dans un but stratégique qui leur apporte une plus grande satisfaction. Ils font parfaitement la différence entre le partenaire coopératif (le gentil) et le non coopératif (le méchant. En favorisant bien sûr l’interaction positive avec l’humain qui partage le plus.

Une précision d’importance à noter par ailleurs. Le chien peut donc faire usage du mensonge pour augmenter son gain de satisfaction. Cependant rien ne prouve qu’il le fait de façon consciente. Tout comme dans l’éducation positive, spécifiquement dans la pratique du modelage qui favorise l’apprentissage par essai - erreur qui transforme l’attente implicite en comportement explicite, le chien adapte et fait évoluer ses interactions avec la réalité en fonction du niveau de satisfaction qu’il va obtenir. Il n’a pas conscience de tous les processus cognitifs dont il a besoin pour l’obtention du résultat désiré.

Et chez les autres espèces animales ?

Le chien peut donc être, à dessein, un parfait filou. Les notions de bien et de mal sont totalement exclues de l’équation. Comme chez les enfants humains. D’autres espèces démontrent avec brio qu’elles sont aussi capables de tromper leur entourage / environnement de façon consciente ou stratégique. Chez les grands singes on a observé des comportements de mensonge très proches de ceux observés chez les humains. Les oiseaux sont aussi des comédiens de grand talent puisqu’ils parviennent à duper leur environnement de manière très efficace, en simulant la présence de nourriture à un endroit pour garder secrète la véritable réserve, ou de simuler la mort pour désintéresser un prédateur. Amis humains, méfiez-vous des animaux qui vous entourent !